par Franck Lemercier
Collectif d’artistes nés dans les années 70/80, nous faisons partie d’une génération qui sera la dernière à avoir vécu l’ère « analogique » – une génération qui vit les années 2000 un pied dehors, un pied dedans. Cette position d’entre-deux, nous en jouons en explorant, en questionnant les morceaux éparpillés de notre héritage pour mieux nous affranchir d’une généalogie trop étriquée, nous ouvrir à d’autres sensibilités, expérimenter… C’est donc un « work in progress » que vous propose « A comme Avatar » – une première étape pour découvrir le « projet GS ».
Si nous questionnons les territoires du passé, interrogeons les souvenirs, nous ne le faisons pas en qualité de témoins – loin de nous toute nostalgie ! Il s’agit justement d’explorer les modes de diffusion qui sont aujourd’hui à notre disposition et d’interroger, dans nos œuvres, notre ressenti face aux traces, aux marques qu’une décennie a laissées.
GS est une affaire de génération. Il y a un an déjà, 20 artistes se sont regroupés autour de l’idée d’un abécédaire. L’idée étant que chacun puisse se retrouver dans les mots qui le composent, mots parfois emblématiques des mutations artistiques, sociologiques, techniques que nous avons vécues, parfois faisant simplement référence à des souvenirs plus anecdotiques.
Pour la première lettre de l’alphabet, le mot avatar s’est imposé. L’avatar – le double désincarné sous l’apparence duquel nous choisissons d’apparaître – offre à tous la possibilité de vivre une « autre » vie, dans un autre espace, en un autre temps, dans lesquels chacun peut décider de jouer avec son apparence.
A l’image d’un site Internet, le livre « A comme Avatar » inclut des liens hypertextes. Ces liens sont autant de pistes à suivre. Ils questionnent le statut même du livre qui ne se limite pas au cadre des pages mais prend tout son sens en connexion avec d’autres supports, d’autres mode de lecture.
Nous souhaitons à travers les contributions présentées ici, questionner la stabilité de ces apparences que nous choisissons de prendre, ces doubles éphémères, rêvés, mais aussi porteurs d’angoisse. C’est le « je est un autre » de Rimbaud, le mythique Doppelgänger mais pas seulement puisque les contributions pour « A comme Avatar » interrogent également les possibilités de se recréer, de vivre plusieurs vies au quotidien. Nous ne changeons pas, nous voyageons désormais entre plusieurs identités définies par leur lieu d’exposition.